©    Cécile Dauriac-Vuibert

 



Née à Paris en 1972, Cécile Dauriac-Vuibert  grandit dans le Limousin.
Des études d’Art à Bordeaux la conduisent au professorat dès 1995. Pendant 12 années, c’est en tant que Professeur certifiée qu’elle enseigne Arts plastiques et Arts appliqués au sein de l’Education Nationale. Au gré des mutations, elle travaille et habite successivement les Pyrénées Atlantiques, la Vallée de la Loire et la Creuse.  
De nouveau dans le Limousin en 1999, retrouvant la campagne et disposant pour la première fois d’un véritable atelier, Cécile Dauriac-Vuibert commence à peindre une série de vaches. Elle expose une première version de son « Troupeau » en 2005 au Château de Valençay (36- France).
Dès lors, les vaches deviennent le leitmotiv de sa pratique picturale. Variant les attitudes et les supports, elle s’attache à dépeindre avec humour et expressivité les caractéristiques de cette bête avec ou sans cornes.
En 2007, Cécile Dauriac-Vuibert s’installe en Suisse laissant son métier d’enseignante pour se consacrer pleinement à la création artistique.

Depuis 2009, elle expose et rencontre en Suisse un public averti, amoureux tant d’arts et de peintures que de vaches et de cultures.

  

Production

En majorité figurative, la production de Cécile Dauriac-Vuibert se compose pour une grande partie de peintures de vaches. Provoquant les rencontres, elle traque les attitudes afin de mieux rendre compte des caractéristiques de chaque bête.Le fragment et le gros plan sont pour elle des manières d’aborder l’animal par l’intermédiaire de la métonymie. Il s’agit de pointer un regard, un détail ou une imperfection. Ce jeu de cadrage est accentué par le choix des supports. L’artiste affectionne les supports récupérés telles de vieilles planches de bois, palettes ou portes de placards mais réalise et apprête aussi ses propres toiles. Outre les vaches, sa production comporte également d’autres portraits animaliers et, dans un style différent, quelques paysages.

  

Vaches

Les vaches se sont imposées à moi dès mon arrivée dans le Limousin.
En 1999, à la suite d’une mutation, je me suis installée dans une ancienne fermette rénovée. Le lieu-dit comptait bien plus de bovidés que d’habitants. Les troupeaux paissaient sous mes fenêtres tandis que je disposais pour la première fois d’un véritable atelier.
J’ai commencé par prendre des photos, puis, par prendre les pinceaux.
Quatre ans plus tard, une seconde mutation me conduisit dans l’Indre, le cheptel devint à majorité Charolais. Ces mastodontes blancs supplantaient les rousses aux yeux maquillés de crème. On parle souvent de la vache comme d’un animal impassible, curieux et stupide. L’adjectif « bovin» se rattachant à la race n’est pas vraiment considéré comme un compliment. Quant aux expressions telles que « vaches maigres », « vaches enragées », « vaches folles », « peaux de vaches », « mort aux vaches »… et j’en passe, dénotent un caractère plus que souvent péjoratif.
La vache dispose néanmoins d’un capital de sympathie assez développé chez le citadin comme chez le paysan. Elle serait même devenue « tendance ».  
Au-delà des clichés, j’ai appris à observer, à connaître les vaches, à remarquer les différences et les particularités de chacune, à m’amuser de leurs regards. Jamais indifférentes, elles viennent à la rencontre du chaland, lui portent de l’intérêt, l’observent avec attention, font montre d’indiscrétion, de hardiesse, de témérité mêlée d’une certaine appréhension et parfois même d’une pointe d’agressivité protectrice.

  

Fragment, supports

Le fragment et le gros plan sont pour moi des manières d’aborder l’animal par l’intermédiaire de la métonymie. Ne montrer que ce qui m’intéresse, pointer un regard, un détail ou une imperfection. Ne pas trop en dire, aller à l’essentiel.
Ce jeu de cadrage est accentué par le choix des supports.

J’utilise différents supports : le plus souvent des toiles apprêtées par mes soins, avec ou sans châssis, parfois encollées sur panneaux de bois. Ma prédilection va aux matériaux récupérés. La plupart du temps, ce sont de vieilles planches de bois glanées dans des greniers, des palettes ou encore des portes de placards. Des objets qui ont une histoire, qui m’inspirent et auxquels je tente de donner une seconde vie.
C’est la forme du support qui va déterminer la posture ou l’attitude du sujet. Des jeux de cache-cache, de montrer-cacher. Tout comme dans la nature notre regard peut se heurter à un arbre, une barrière, un portail, je fais apparaître et disparaître telle partie du corps afin de jouer avec le vide tout en créant des ambiguïtés entre le vrai et le faux.

Le support est signifiant : les palettes-barrières gardent les troupeaux ; les palettes CFF ou SBB (équivalent en Suisse de la SNCF) donnent une dimension humoristique supplémentaire en faisant référence à la réputation des spectatrices -regardeuses-regardées ; quant aux torchons de cuisine, ils nous rappellent avec une certaine trivialité la triste destinée des vaches, boeufs ou veaux.

  

"Mon Troupeau"

Petit à petit, les peintures ont dépassé le cadre de l’atelier, les vaches ont commencé à investir les différentes pièces de la maison. « Mon Troupeau »  prenait corps. Un troupeau bigarré, à l’image de ceux que l’on trouve dans les champs, à majorité féminine, comptant plus de Charolaises que de Limousines avec parfois quelques intruses rencontrées de-ci de-là.
J’ai éprouvé le besoin de baptiser chacune de mes peintures comme on le fait à chaque naissance. Ne pouvant connaître le véritable prénom de mes rencontres, j’ai fini par leur donner un pseudonyme en fonction de la lettre annuelle déterminée par les vétérinaires. L’initiale de 2004 étant, heureux hasard, le V, comme Vache.
2010 marque l'année du F, 2018 celle du O...

  

Ânes et ânesses

Ces équidés presque aussi imposants que les vaches, plus curieux et plus familiers encore, ont attiré mon attention lors de mes promenades dans l’Indre et le Cher. Je me suis essayé à capter la noblesse et le regard moqueur de ces grands noirs du Berry.
Depuis, c'est régulièrement qu'un âne vient perturber joyeusement mon trouveau.

  

Suisse


Eté 2007, c’est pour suivre mon époux que je m’installe en Suisse Romande.

La Brune Suisse et l’Alpine Hérens dite Reine du Valais, se partagent les prairies avec l’incontournable Holstein noire et blanche ou rouge et blanche.

Ici, la vache est omniprésente, dans les alpages comme dans la culture.
Les laitières font la fierté de leurs propriétaires, on les célèbre dans les poyas. Ces peintures surplombent les portes des fermes et retracent sous forme de défilé historique et anecdotique les étapes importantes de la vie de l’éleveur et de son troupeau.
La désalpe -transhumance de la fin d’été- est un moment important. Le retour des troupeaux dans les villages après un été passé dans les alpages est un événement festif. Les vaches parées de fleurs et leurs propriétaires en habits traditionnels défilent fièrement devant des foules de spectateurs.
Les Valaisannes combattent à l'alpage pour établir une hiérarchie au sommet de laquelle sera proclamée la Reine de l'année.

Mes peintures ont acquis ici une nouvelle dimension et rencontrent à chaque exposition de nombreux spectateurs tantôt étonnés, tantôt amusés, tantôt passionnés.